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PAS SI VITE… AMIS DEMOCRATES !

mercredi 15 juillet 2009, par abdelghani



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PAS SI VITE… AMIS DEMOCRATES !

L’élection au Parlement bruxellois de la députée Mahinur Özdemir a suscité beaucoup de réactions.

Certaines d’entre elles, exprimées par des démocrates bien de chez nous, alimentent et accentuent la confusion autour de principes fondamentaux de notre démocratie, au premier rang desquels la neutralité de l’Etat, la séparation Eglises/Etat, la liberté de culte, l’égalité et la non-discrimination

Par conséquent, nous avons voulu leur consacrer quelques brefs commentaires et procéder à plusieurs clarifications :


Le 22 juin 2009, Didier Gosuin, chef de groupe MR au Parlement bruxellois et chef de file FDF, a déclaré : « En autorisant, demain, une de ses représentantes à siéger au parlement en portant le foulard, le cdH accepte d’y réintroduire le religieux, revenant quelque 40 ans en arrière. Il n’est pas question de stigmatiser une personne et/ou une catégorie de personnes, ni d’ouvrir un débat précipité sur cette question. La question du port du foulard a été posée au sein du MR et le Mouvement réformateur ne s’oppose pas à un débat serein à ce sujet. Mais, comme l’a souligné le directeur du Centre pour l’Egalité des chances, cela ne peut avoir lieu dans la précipitation. J’en ai discuté avec les principaux leaders du MR, Didier Reynders, Olivier Maingain et Louis Michel en tête, et nous sommes d’accord pour dire que, sans stigmatiser la future députée en question, le cdH porte une grande responsabilité dans la réintroduction du poids du religieux au parlement. Certes le parlement n’est pas un lieu de neutralité politique. Mais je regrette que le cdH semble prêt à y réintroduire la carte du spirituel, revenant 40 ans en arrière lorsque le religieux exerçait une influence sur le politique. »

Ainsi, selon M. Gosuin et consorts, le cdH aurait accepté de revenir « 40 ans en arrière », rien que ça ! Or, il se trouve que M. Larbi Kaddour, déjà conseiller communal FDF depuis 2006 dans la commune de Schaerbeek, dont le bourgmestre est un autre chef de file FDF, était candidat sur la même liste que M. Gosuin lors des dernières élections régionales. M. Kaddour occupe également la fonction de président de la mosquée KOUBA, située dans la commune de Schaerbeek, alors que l’Ordonnance bruxelloise du 29 juin 2006 relative à l’organisation et au fonctionnement du culte islamique, article 7, §3, stipule clairement que « les bourgmestres, les échevins, les conseillers communaux, les secrétaires et les receveurs des communes » ne peuvent être membres du comité de gestion d’une mosquée. Si l’on suit le formidable raisonnement de M. Gosuin, c’est son parti qui nous avait ramenés 40 ans en arrière en violant le principe de séparation du religieux et du politique, il y a de cela 3 ans déjà.

Par ailleurs, au cas où cela lui aurait échappé, nous faisons remarquer à M. Gosuin, visiblement très préoccupé par la réintroduction du religieux dans le politique et son influence sur celui-ci, qu’il existe dans notre pays un parti politique (et jusque récemment même deux) dénommé Christen-Democratisch en Vlaams, dont est issu notre premier ministre. Comment donc peut-on légitimer la critique d’une personne qui affiche librement son appartenance religieuse au sein d’une assemblée représentative, conformément à l’article 19 de notre Constitution, et trouver parfaitement normal qu’un parti politique affiche explicitement sa filiation religieuse ?


Le 23 juin 2009, en marge de la prestation de serment des députés bruxellois, M. Charles Picqué, chef de file PS, ministre-président sortant et nouvellement réélu, déclarait : « Je dirais qu’elle a le droit de le porter, je dirais qu’aujourd’hui il aurait été préférable d’éviter des tensions, des mauvaises humeurs. Je le dis et je le répète, si chacun veut affirmer son identité avec force, ça peut aussi conduire à une sorte de culture de l’entre soi, du repli sur soi-même. C’est trop tôt pour dire ce qui l’en est vraiment de la signification de son geste d’aujourd’hui. »

Il est trop tôt pour dire ce qu’il en est vraiment de la signification des inepties exprimées par M. Picqué, mais nous espérons qu’elles ne traduisent pas une sorte de culture de l’entre soi ou de repli sur soi-même. Quoi qu’il en soit, nous lui dirions qu’il avait tout aussi bien le droit de se taire et de ne pas déclarer « préférable » de mettre « aujourd’hui » notre Constitution ainsi que le Règlement du Parlement bruxellois entre parenthèses, afin d’éviter d’être, lui, tendu et de mauvaise humeur.

Il déclarait par ailleurs : « Aujourd’hui, c’est un non-événement. Affirmer son identité n’est pas un problème, mais nous verrons ultérieurement, sur les actes posés, s’il s’agit de la partie visible d’un iceberg. A Bruxelles la multiculturalité est un fait. Il importe de ne pas mettre des barrières entre les cultures. J’espère que Mme Özdemir construira des ponts et non des barrières. »

A Bruxelles, la multiculturalité n’est pas seulement un fait, c’est un atout, une richesse et surtout un formidable vecteur de développement pour notre région. Il est urgent de rompre avec cette vision suspecte et suspicieuse de notre diversité si le vivre ensemble est un objectif commun.

Nous estimons que Mademoiselle Özdemir n’est là ni pour dresser des barrières, ni pour construire des ponts, mais qu’à l’instar de tous ses collègues parlementaires, y compris M. Picqué, elle est là pour œuvrer en faveur de l’intérêt général.


Dans l’édition du 23 juin 2009, Michel Konen, rédacteur en chef du quotidien La Libre Belgique, signe un édito intitulé « Nouvel Edit de Nantes ? », que nous reproduisons in extenso :

« En 1999, en Turquie, une élue du "Parti de la vertu”, parti islamiste, prétend pénétrer au Parlement en portant le voile. Elle sera déchue de son mandat. La Turquie est le seul pays musulman à avoir organisé la séparation de la religion et de l’Etat, l’héritage de Mustafa Kemal Atatürk.

Faut-il, à Bruxelles, en 2009, se montrer moins sévère que la Turquie à l’égard des élu(e)s qui entendent afficher dans l’hémicycle des signes distinctifs quant à leurs opinions religieuses ?

Bruxelles n’est pas Ankara. Et nos traditions démocratiques ne sont pas celles de la Turquie. Pas plus que celles de l’Arabie Saoudite ou de l’Iran, pays qui appliquent, avec une rigueur qui exclut toute tolérance à l’égard de ceux qui ne partagent pas leurs convictions, la "charia”, qui codifie à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman. Sous des modes différents, des espèces de régimes de droit divin, comme l’Europe en a connu jusqu’à la Révolution française.

Précisément, depuis deux siècles, les Etats occidentaux séparent, à juste titre, le pouvoir spirituel du pouvoir temporel. Et garantissent aussi, parallèlement, la liberté d’expression, y compris religieuse et laïque.

Et c’est parce que ces valeurs démocratiques sont fortes qu’il ne faut pas craindre que, dans l’enceinte parlementaire, ou peuvent et doivent s’exprimer librement toutes les opinions, y compris religieuses ou laïques, une députée affiche son appartenance. Le contraire serait comme une révocation de l’Edit de Nantes ! »

Revenons d’abord quelques instants sur une série d’inexactitudes :

1. La députée turque à laquelle fait référence le rédacteur en chef ne prétendit pas pénétrer au Parlement ; élue au suffrage universel, elle souhaita tout simplement prêter serment et siéger.

2. Cette députée ne sera pas, comme l’énonce le propos feutré du rédacteur en chef, déchue de son mandat ; elle sera expulsée du Parlement manu militari.

3. La Turquie est tellement le seul pays musulman à avoir bien organisé la séparation de la religion et de l’Etat qu’il a créé une institution publique d’organisation et de contrôle intégral qui englobe jusqu’aux sermons prononcés par les imams dans les mosquées.

4. Les Etats occidentaux séparent bel et bien le pouvoir spirituel du pouvoir temporel. C’est tellement vrai, n’est-ce pas, que le président américain prête serment sur un catalogue d’Ikea.

5. La comparaison farfelue que le rédacteur en chef fait entre la France catholique de 1598 et la Belgique non confessionnelle de 2009 nous intrigue. Dans l’hypothèse où cette information nous a peut-être échappé, M. Konen pourrait-il nous rappeler quelle est la religion d’Etat dans notre pays ?

Pour finir, et voyant bien l’inconfort du rédacteur en chef face à l’élection de Mademoiselle Özdemir, nous sommes tentés de lui demander ce qu’il aurait bien pu nous inventer comme histoire si l’élue portant le foulard s’était appelée Antoinette Spaak et qu’il s’était agi d’une femme dont les aïeux sont enterrés en Belgique depuis des générations.


Le 23 juin 2009, le député bruxellois et bourgmestre d’Evere commente pour sa part l’élection de Mahinur Özdemir comme suit : « Avec un ministre, cela eût été différent, il représente l’Etat belge, ce qui entraîne un devoir de neutralité, mais ici, c’est une élue, une parlementaire, ce n’est pas le port du voile mais la liberté individuelle qui est en jeu. »

Nous constatons que M. Vervoort a d’ores et déjà intégré le fait que le statut d’un membre d’une assemblée parlementaire n’est nullement concerné par le débat sur la neutralité. Néanmoins, nous nous demandons vraiment sur quel fondement juridique il s’appuie pour procéder à cette curieuse « exégèse » du principe de neutralité. Qu’il sache que notre ordonnancement juridique permet parfaitement à tout membre d’une assemblée élue d’assumer une fonction exécutive, sur la base des mêmes conditions d’éligibilité. Cette réalité juridique, nous sommes convaincus qu’il est capable de l’intégrer aussi. Encore un petit effort !


Dans Le Soir du 23 juin 2009, le philosophe Guy Haarscher déclare à propos de l’élection de Mahinur Özdemir : « Son parti, le cdH, a pris ce risque et j’espère qu’il le mesure, en particulier au regard de tant de femmes humiliées et offensées qui, souvent, payent très cher le droit de ne pas le porter. »

Dans l’émission Mise au point du 28 juin 2009, la secrétaire générale du Centre d’Action Laïque Eliane Deproost déclare : « A l’heure où l’on sait – vous avez parlé de liberté, vous avez la liberté ici de porter ce foulard – qu’il y a aujourd’hui des femmes qui sont tuées parce qu’elles veulent avoir la liberté de ne pas le porter. »

Nous tenons à être parfaitement clairs : nous sommes totalement et identiquement solidaires de toutes les femmes qui font un choix libre, celui de porter le foulard ou celui de ne pas le porter.

Et nous ajoutons tout aussi clairement : le procédé qui consiste à faire porter la responsabilité des risques qui pèsent – ici et partout ailleurs – sur les femmes qui choisissent de ne pas porter le foulard par d’autres femmes qui ne font rien d’autre qu’exercer cette même liberté de choix consacrée par notre Constitution est indigne de quiconque se réclamant des valeurs démocratiques.


Dans l’édition du 24 juin 2009, Luc Delfosse, rédacteur en chef adjoint du quotidien Le Soir, rédige un billet intitulé « ton fichu ! », que nous reprenons in extenso :

« Il y a une trentaine d’années, autant dire hier, une jeune journaliste est arrêtée aux portes du Soir par un ponte : Madame, lance ce Jupiter, ici on ne vient pas travailler en cheveux.

C’est fou comme les mœurs évoluent à toute vitesse, n’est-ce pas ? Jusqu’à tourner en rond et se mordre la queue.

Aujourd’hui, le fichu fait son entrée au Parlement comme s’il était l’expression la plus louable de la démocratie représentative. Encore un peu de patience et il se trouvera – peut-être – une palanquée d’honnêtes gens pour avancer que la punition corporelle est la forme la plus aboutie de la pédagogie ».

Essayons-nous un instant à la même logique. Il y a près d’une soixantaine d’années, autant dire avant-hier, aux Etats-Unis, et plus précisément en Alabama, une couturière de couleur noire, siégeant à l’avant d’un bus, se voit interpellée par un homme de couleur blanche. Madame, lance le caucasien, ici on ne vient pas s’installer noir.

C’est fou comme les mœurs évoluent à toute vitesse, n’est-ce pas ? Jusqu’à tourner en rond et se mordre la queue.

Aujourd’hui, le « fichu » fait polémique au Parlement comme s’il était l’expression la plus ignoble de la démocratie représentative. Encore un peu de patience et il se trouvera – peut-être – une palanquée d’honnêtes gens pour avancer que se teindre les cheveux en blond et porter des lentilles bleues est l’expression la plus aboutie de la diversité.


Le 24 juin 2009, Olivier Maingain s’exprime à son tour sur le geste de la députée cdH : « La question est, au fond : quelle signification cette élue donne-t-elle à son voile ? (…) Est-il logique que la référence d’une jeune fille qui vit en Belgique se fasse par rapport à son pays d’origine ? Est-elle le relais de ce courant de pensée ? Veut-elle exprimer un choix d’adhésion à ce courant religieux, cela dans notre vie politique ? Ou bien est-elle porteuse d’un projet de société chez nous, représentant à sa façon notre diversité culturelle, ce que personne ne lui reprochera ? »

Pour toutes ces questions qui le taraudent, nous conseillons au président du FDF de contacter sans tarder le vice-président de son parti, le bourgmestre de Schaerbeek M. Clerfayt, qui côtoie Mademoiselle Özdemir depuis trois années sur les bancs de ce conseil communal.

Quant au fait de savoir si Mahinur Özdemir peut porter le foulard ou non, il déclare : « C’est sa liberté, mais dès qu’elle assumera des responsabilités de représentation au nom de la collectivité, comme déléguée du parlement pour assister à des manifestations officielles, des cérémonies patriotiques, ou à l’étranger, là, elle ne représentera plus uniquement son parti, ses électeurs, son courant de pensée, mais tout le monde. Dans une mission étatique et civile. Et dans ce cas, elle doit retirer son voile ». Bon sang, mais c’est bien sûr : la Constitution, les conditions d’éligibilité qu’elle prévoit, la loi électorale, le Règlement du Parlement bruxellois, autant d’éléments négligeables qui ne font pas le poids devant le décret du président du FDF, qui est évidemment le nombril de notre démocratie représentative !


Dans Le Vif/L’Express du 26 juin 2009, la nouvelle rédactrice en chef Christine Laurent signe un édito qui entache la crédibilité du premier hebdomadaire francophone de Belgique. Il est manifestement loin le temps où elle déclarait dans le quotidien Le Soir vouloir que Le Vif soit « un journal de qualité basé sur des valeurs humanistes » (23 janvier 2009).

« Mahinur se veut vertueuse. Elle l’affiche. Pour preuve, le foulard qu’elle ne quitte jamais. (…) Un signe distinctif, celui de sa différence, de sa prise de distance dans un hémicycle où elle est censée, toutefois, représenter la Nation (qui regroupe aussi bien nos ancêtres que nos descendants). »

Nous apprenons grâce à Christine que les parlementaires ne représentent pas seulement celles et ceux qui les ont élus, mais aussi leurs ancêtres et leurs descendants. Elle nous informe aussi implicitement que, du fait de son foulard, la députée bruxelloise ne représenterait pas la Nation. Pourquoi ? Parce qu’elle laisse apparaître un attribut de sa conviction religieuse. Prenons le cas du CD&V (idem pour le PSC il n’y a pas si longtemps). Voilà un parti qui se présente devant les électeurs avec un programme. Ce dernier est dépourvu d’appel à voter pour lui en raison d’une quelconque conviction religieuse. Par contre, il laisse apparaître un attribut de sa filiation religieuse : le C de Christen ! De même, Mahinur Özdemir s’est présentée devant les électeurs avec un programme. Ce dernier ne comprenant aucun argument de nature religieuse pour pousser à voter pour elle. Il ne viendrait à l’idée de personne de contester à un élu CD&V son statut de représentant de la Nation. Pourquoi en irait-il autrement pour la députée cdH ?

« Mme Özdemir veut-elle nous infliger une tyrannie pudibonde à l’insu de son plein gré ? »

Les Bruxelloises portant le foulard sont visibles dans les rues au quotidien, mais il suffit qu’une d’entre elles, portée par la volonté souveraine des électeurs, ait l’outrecuidance de vouloir siéger au Parlement et participer à la gestion de la Cité pour que Mme Laurent y voie une « tyrannie pudibonde ». Que Mme Laurent sache que la dignité et l’égalité ne s’arrêtent pas aux portes du Parlement.

« Le CDH réintroduit-il au sein d’un parlement la douloureuse question de l’appartenance religieuse dans le débat politique difficilement évacuée il y a quarante ans ? »

Pour rappel, un responsable de mosquée à Schaerbeek est depuis trois ans conseiller communal FDF et s’est porté candidat lors des dernières élections régionales sur les listes bruxelloises MR. Et ne parlons même pas de Germain Dufour, ancien sénateur Ecolo qui venait au Parlement en sandales et avec une croix. Tout cela a dû échapper à la vigilance de Mme Laurent.

« Les faits se bousculent, sans oublier l’histoire qui nous rattrape. Ainsi, Kemal Atatürk accordant aux femmes, au début du XXe siècle, le droit de vote et celui d’exercer des fonctions publiques en Turquie, le pays d’origine de Manihur (sic), tout en interdisant le port du voile. Sans oublier l’arrêt, il y a un an, de la Cour constitutionnelle turque qui a invalidé l’amendement levant l’interdiction de porter le foulard dans les universités du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Un équilibre se rompt et c’est tout un échafaudage qui vacille. »

Bien que nous considérons que ni la Turquie, ni la France, ni le Japon, ni l’Arabie Saoudite, ni l’Afrique du Sud, ni les Etats-Unis n’ont de lien avec le débat sur la neutralité dans notre pays, nous ne résistons pas à l’idée d’aider Mme Laurent à parfaire sa culture générale.

Revenons donc un instant sur l’arrêt cité en exemple par Mme Laurent. Ce qu’elle ignore probablement, c’est que la Cour constitutionnelle turque, par cette décision, a purement et simplement violé la Constitution de son pays ainsi que le principe de séparation des pouvoirs. Des motifs pour lesquels, dans notre démocratie, des gouvernements tombent.

En effet, la Cour constitutionnelle turque, en violation de son statut, s’est substituée au Parlement turc en faisant un examen d’opportunité. Ce modus operandi vide le Parlement de toute utilité, ce qui est fondamentalement antidémocratique.

Mais si Mademoiselle Özdemir n’avait pas été d’origine turque, la rédactrice en chef aurait-elle évoqué son grand modèle de démocratie qu’est la Turquie ?

« Car elle nous interpelle vraiment, cette petite Schaerbeekoise issue de l’immigration et qui a su séduire au-delà de sa communauté d’origine », nous écrit cette allochtone issue de l’immigration qu’est Christine Laurent.

« Si le port du voile manifeste une appartenance à l’islam, bien des musulmanes ne l’arborent pas. Ne s’agit-il pas d’une interprétation toute particulière du Coran, contestée par bien des modérés et qui veut, de plus, que l’affirmation religieuse pèse sur les filles et elles seules ? Une approche traditionaliste qui rejoint les positions tout aussi radicales des traditionalistes juifs ou chrétiens. »

Jusqu’ici, nous ne connaissions pas à Mme Laurent une expertise en matière d’exégèse du texte coranique. A quand sa rubrique « fatwa » dans les pages du Vif ?

« Alors oui, pourquoi le cacher ? Sans nourrir la moindre arrière-pensée, en faisant fi de tout préjugé, un doute, toujours, vient s’immiscer dans nos esprits imbibés, inévitablement, de notre culture. De notre histoire aussi (…) »

« Nos églises se vident. Les mosquées se remplissent. » C’est par ces deux phrases que Dorothée Klein, la précédente rédactrice en chef, commençait son édito du 7 septembre 2007. Entre l’époque où c’est elle qui vampirisait cette page de l’hebdo et aujourd’hui, la continuité ainsi que la relève semblent bien assurées. Bientôt un dossier « Comment l’islam gangrène le Parlement » ?


Dans La Libre Belgique du 2 juillet 2009, l’ « artiste » Sam Touzani livre les propos suivants : « Le voile reste un acte de soumission de la femme. Je ne crois pas une seule seconde que ce soit une liberté. Je suis un grand observateur de la vie politique locale, et je peux vous assurer que Mahinur Özdemir n’a pas toujours porté le voile. Les partis qui capitalisent sur les femmes voilées ont l’impression de poser un acte citoyen... C’est une vaste blague. J’en veux beaucoup aux islamo-gauchistes... Voir des barbus analphabètes sur des listes, ça me met hors de moi. Je crois qu’il faut s’effrayer de l’excès de tolérance. »

C’est plutôt de l’excès de ces inepties qu’il faut s’effrayer !


Dans Le Soir du 6 juillet 2009, le sénateur MR, accompagné d’un comparse, lance un appel : « Voile : où sont les progressistes ? » Les progressistes et laïques que nous sommes ne sont pas restés insensibles à ce vibrant appel. Les passages que nous reprenons ont en particulier retenu notre attention :

« Sur la question du voile islamique et, plus largement, de l’immixtion croissante de cléricaux rétrogrades dans la sphère publique, l’opposition est ambiguë. Par naïveté, aveuglement ou électoralisme, certains progressistes autoproclamés – certaines « féministes » aussi – relaient les thèses des musulmans rigoristes cherchant à autoriser presque partout le port du voile islamique : à l’école, dans les entreprises, dans les administrations, au Parlement... Le cas de Mahinur Özdemir (CDH), première parlementaire en Europe à siéger voilée, est révélateur de la dérive de certains « progressistes ». Cette élue voilée « peut être un modèle pour l’émancipation des femmes », a déclaré sans rire la députée écologiste, étiquetée très à gauche, Zoé Genot. Quel contresens ! (...) Sur la scène politique, seuls quelques élus réformateurs défendent publiquement une position progressiste et appellent un chat un chat : l’apparition du voile dans une assemblée parlementaire constitue en soi une régression démocratique et un message désastreux envoyé aux femmes qui n’ont d’autre choix que de le porter. La Belgique apparaît aujourd’hui comme un laboratoire pour les militants islamistes. A l’aide de leurs compagnons de route, vrais ou faux naïfs « de gauche », ils pourront mettre un peu plus encore la pression sur les femmes musulmanes, sommées de donner des gages de « respectabilité » et de « pudeur » en portant le voile. Bien au-delà du cas Özdemir, nous voulons en revenir à l’essentiel, évacué par les partisans d’un relativisme culturel anti-humaniste. Quelle est la signification du voile ? (...) Partout dans le monde, des femmes musulmanes se battent pour sortir de ce système islamiste qui cherche à les maintenir dans un statut de sous-homme. (...) Ce sont ces femmes musulmanes, courageuses et souvent héroïques, que méprisent, chez nous, ceux qui multiplient les concessions aux musulmans rétrogrades. Nous ne pouvons nous taire lorsque les compagnons de route des islamistes traitent de « racistes » ou d’« islamophobes » les démocrates qui veulent bétonner les conquêtes laïques et défendre les droits de toutes les femmes. (...) Les droits de l’homme et surtout de la femme sont en jeu, appartenons tous au même camp. »

Nous risquons fort de décevoir M. Destexhe, car nous ne partageons pas sa conception du progrès et en particulier de la liberté. Contrairement à lui, le « libéral », nous sommes totalement et identiquement solidaires de toutes les femmes qui font un choix libre, celui de porter le foulard ou celui de ne pas le porter.

Nous allons décevoir M. Destexhe, car, encore contrairement à lui, nous considérons que l’élection de Mademoiselle Özdemir à la même assemblée que lui, loin de marquer une régression de notre démocratie, la consolide et témoigne de son bon fonctionnement. Dans une démocratie représentative, une assemblée élue est le reflet de la société. Elle l’est plus aujourd’hui qu’hier.

Aucun racisme n’est inné. Ce sentiment haineux s’acquiert. Le 6 juillet dernier, en Allemagne, un homme a lâchement et sauvagement ôté la vie à Marwa El-Sherbini, une femme portant le foulard, enceinte de trois mois, en lui portant 18 coups de couteau, en plein tribunal ! Il l’avait auparavant traitée d’ « islamiste », de « terroriste » et de « salope ». Cette expression de haine de l’autre est le fruit d’un processus de « maturation ». Elle est surtout le fruit d’un discours xénophobe distillé et entretenu. Un politique est un leader d’opinion. Comme tel, il est tenu de faire preuve de prudence et d’éviter tout amalgame (musulman, islamiste, terroriste, ...), parce que sa parole est potentiellement dévastatrice. Par ses propos xénophobes, M. Destexhe alimente abondamment cette haine de l’autre et il portera une responsabilité morale si le drame qui a frappé l’Allemagne se produit dans notre pays également.

Que M. Destexhe n’ait pas l’ombre d’un doute quant à notre détermination, en tant que démocrates, à ne pas le laisser prendre en otage nos principes de laïcité politique et de neutralité de l’Etat. Ils sont trop précieux pour notre démocratie pour que nous les abandonnions à des extrémistes. Il est désormais clair pour nous que, par ses propos haineux, il se place volontairement hors du « camp » des défenseurs des droits de l’Homme.

A tous nos amis démocrates, dans la perspective d’une rentrée parlementaire riche, nous recommandons chaudement la (re)lecture d’un ouvrage précieux qu’ils auront chacun le loisir de (re)découvrir durant l’été : notre Constitution.

Et bonnes vacances quand même !

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