Ahmed Mouhssin
Abdelghani Ben moussa
Hamidi Elidrissi
Coordinateurs de Vigilance musulmane [1]
Le 13 décembre 1998, fait historique sans précédent, les musulman(e)s de Belgique s’étaient mobilisé(e)s en masse pour élire le premier Organe chef de culte musulman en Belgique. L’objectif était d’élire une assemblée générale, de laquelle un exécutif, composé de 17 personnes, serait formé.
Ainsi, depuis la reconnaissance du culte musulman en 1974, il aura fallu attendre près de vingt-cinq ans pour qu’enfin voie le jour un interlocuteur officiel « représentant » la communauté musulmane auprès des pouvoirs publics dans la gestion du temporel du culte musulman. Cet organe avait pour mission de résoudre un ensemble de questions concrètes en suspens ou gérées jusqu’alors de manière aléatoire comme l’organisation des cours de religion islamique et la reconnaissance ainsi que le financement des lieux de culte.
Malheureusement, les citoyen(ne)s musulman(e)s durent très vite déchanter face à l’approche sécuritaire privilégiée par les pouvoirs publics dans le processus d’institutionnalisation de l’islam en Belgique.
Cette approche s’est notamment traduite par un « screening » opéré en absence de toute transparence à l’égard des candidats appelés à siéger à l’exécutif, jetant de fait la suspicion et le discrédit sur l’ensemble de l’institution fraîchement mise en place. Un « screening », par hypothèse, n’aurait de légitimité que s’il s’appliquait sans distinction à tous les cultes reconnus et que si des moyens de recours étaient prévus. Ce qui n’est manifestement pas le cas.
Preuve encore de la différenciation dans le traitement du dossier de l’islam : la passivité des mandataires politiques face aux allégations diffamatoires [2] récemment portées à l’égard du président de l’actuel Exécutif musulman. Ce manque de respect à l’égard d’un représentant officiel et l’absence de réactions ne sont-ils pas tout simplement à l’image de la manière dont les pouvoirs publics gèrent le dossier de l’islam en Belgique ? Le financement non équitable entre les cultes, le manque de volonté politique pour mener à bien les différents dossiers relevant du temporel du culte musulman, la multiplication des « interlocuteurs musulmans » sont autant d’illustrations du peu de cas fait au culte musulman, deuxième religion en Belgique.
Aujourd’hui, alors que les accords de 1998 - sur la base desquels fut mis en place l’Organe chef de culte - et le règlement d’ordre intérieur de l’institution prévoient, après cinq ans de fonctionnement, un renouvellement partiel de l’assemblée générale des musulmans de Belgique, la ministre de la Justice, en charge des Cultes, souhaite, au nom d’un renforcement de la légitimité de l’exécutif - qui tiendrait compte de la régionalisation de certaines compétences fédérales en matière de cultes -, procéder au renouvellement intégral de l’assemblée générale. Or, de l’aveu même de la ministre, « procéder à la régionalisation de l’exécutif signifie qu’il faudra faire de même pour les organes des autres cultes qui ne sont pas très favorables ». Alors pourquoi tant d’entêtement quand il n’appartient pas au politique de s’ingérer dans l’organisation interne des cultes, et a fortiori ici du culte musulman, qui semble par ailleurs être le seul à souffrir d’un interventionnisme bienveillant, voire intéressé, à quelques semaines des élections régionales ?
Difficile d’accepter un tel constat à l’occasion du trentième anniversaire de la reconnaissance du culte musulman en Belgique. Il est aujourd’hui urgent de donner au culte musulman toute sa place dans le paysage cultuel et institutionnel de notre pays. C’est à cette réflexion que nous convions la classe politique à l’aube d’échéances importantes.
Aussi, nous, citoyen(ne)s musulman(e)s de Belgique, réclamons le respect des règles qui prévalent dans un Etat de droit en matière de cultes, à savoir la neutralité de l’Etat dans ses rapports avec les cultes reconnus ainsi que l’égalité de traitement entre ces derniers. En somme, tout est question de responsabilités et de respect de principes.
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